Université de Yaoundé 2-Soa: Réseau de filles "matérialistes"

Elles se constituent en groupes pour mieux « attaquer », et font parfois des cotisations pour se rendre dans les boîtes de nuit.22h, le dimanche 19 février 2012, au lieu dit Fin goudron, à Soa, le snack bar « Samourai » fait le plein, comme d'habitude. La musique tonne à fond, cigarettes et boissons circulent. Impossible de passer par là sans voir une fille ou un garçon en train de boire une bière ou de fumer.

Les filles du groupe « Slach Girls » font le show. Vêtues de T-shirts roses aux effigies de l'organisation, elles portent des culottes ou des jupes courtes agencées à des chaussures à talons parfois fantaisistes, le tout accompagné du maquillage de rigueur.

Les 30 filles qui constituent cette association ont pour but d'aguicher les différents consommateurs. « Il faut séduire, voire créer une relation sur le coup. Le premier objectif est d'essayer de voir ce que l'autre nous apporte en contrepartie. Ça peut être matériel, mais surtout financier. Ce soir, par exemple, nous organisons une soirée au Katios et on est là pour inviter le maximum de personnes », explique une jeune fille, très appliquée dans son boulot. Elles ont une règle : « Ce n'est pas tout le monde qui adhère à notre association. Il faut avoir résidé à Soa pendant trois ans, et ce sont les 30 premières qui cotisent 50 000 F Cfa qui feront partie de l'organisation. »

A l'instar de cette organisation, de nombreux autres groupes se forment au sein de l'université pour les mêmes objectifs. Elles sont facilement remarquables, car elles organisent toujours des soirées mondaines au cours desquelles boisson et sexe se côtoient.

Tous les moyens sont permis

A défaut d'investir les rues de Soa la nuit tombée, celles-ci, toujours en groupe, prennent la direction des night clubs et boîtes de nuit de Yaoundé. Elles jouent des clins d'œil, jeux de regard, des bisoux... pour attirer le maximum de personnes. Une fois en boite de nuit, elles font toujours référence à leur leader, comme chaque groupe qui se prend au sérieux. Cette dernière a pour but de faire recours à son carnet d'adresses pour avoir une clientèle aisée. Il faut récupérer l'argent mis en place pour la circonstance. La location de la boîte de nuit à 800 000 francs Cfa et la boisson à 300 000 francs F Cfa exigent beaucoup de sacrifices pour avoir des bénéfices. Il faut séduire et aguicher.

En plus, la relation se joue dans le temps. « Nous sortons en groupe le plus souvent. C'est pour se rendre au Katios, car c'est là qu'on retrouve des hommes un peu aisés. Et là, on essaie de se laisser approcher. A ce moment, on peut passer la nuit avec un client intéressé. Mais, puisqu'on est à Yaoundé, ça se fait dans un hôtel. Le lendemain, on s'en sort avec 10 ou 50.000 F Cfa. Cela dépend de la bourse du client », explique Nadia, étudiante en science politique à l'université de Yaoundé II-Soa. Si la relation va bien loin, le client pourra alors, en contrepartie des faveurs de l'étudiante, régler le loyer et d'autres factures.

A côté de tout cela, il y a des réseaux mis en place par des événementiels ou des personnels disposant d'un registre des numéros pour contacter les filles. « On nous contacte souvent pour accompagner de hauts fonctionnaires, ministres ou directeurs généraux lorsqu'ils vont en voyage d'affaires. Notre cachet pour un week-end varie entre 100.000 et 500.000 F Cfa », explique Josiane. En général, le réseau est une source de revenus pour les proches. « Avec cet argent, je peux nourrir ma famille et subvenir à mes besoins personnels », lâche-t-elle.

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